Nouveaux patients dermatologues : pourquoi sont-ils refusés ?

En France, certains cabinets de dermatologie ferment systématiquement leur liste de nouveaux patients, même lorsque le besoin de soins est urgent. Des délais d’attente de plusieurs mois, voire d’un an, s’imposent désormais pour un simple rendez-vous, malgré la multiplication des demandes.

Cette restriction ne découle ni d’un désintérêt pour la spécialité, ni d’un caprice administratif. Elle résulte d’un déséquilibre persistant entre le nombre de spécialistes formés et la croissance des besoins médicaux, aggravé par des contraintes organisationnelles et réglementaires strictes. Les conséquences directes de cette situation se ressentent dans tout le parcours de soins.

Comprendre la pénurie de dermatologues en France

Le nombre de dermatologues en France fond comme neige au soleil : la démographie médicale continue de reculer, année après année. Le fameux numerus clausus a longtemps bridé la formation de nouveaux spécialistes, un choix qui pèse lourd aujourd’hui. D’après la société française de dermatologie, moins de 3 700 dermatologues exercent actuellement pour une population dépassant les 68 millions d’habitants. Ce ratio, à peine un dermatologue pour 18 000 personnes, tire vers le rouge, avec des délais d’attente qui explosent, notamment hors des grandes villes.

Depuis des années, l’ordre des médecins et l’assemblée nationale tirent la sonnette d’alarme : les effectifs s’érodent, les départs à la retraite s’accélèrent, et la relève tarde à s’organiser. La féminisation de la profession, souvent associée à des temps de travail un peu plus réduits, accentue ce phénomène. Et pendant ce temps, les demandes explosent : cancers cutanés en hausse, pathologies chroniques, interventions de dermatologie esthétique…

Autre problème qui fait grincer des dents : la répartition très inégale des spécialistes sur le territoire. Les grandes métropoles concentrent l’offre, tandis que dans de nombreux départements, les déserts médicaux s’étendent. Il n’est pas rare de devoir traverser plusieurs dizaines de kilomètres pour espérer décrocher un rendez-vous. Le ministère de la santé table sur une timide remontée des effectifs d’ici 2030, mais rien ne garantit que cela suffira à combler l’écart entre offre et demande.

Pour illustrer l’étendue du problème, voici quelques données frappantes :

  • Effectifs diminués : passage de 4 250 praticiens en 2010 à moins de 3 700 aujourd’hui.
  • Délais d’attente : jusqu’à 12 mois dans certaines régions.
  • Inégalités territoriales : fortes disparités entre zones rurales et grandes métropoles.

Longtemps perçue comme une spécialité de confort, la dermatologie s’impose désormais comme un pilier incontournable de la santé publique.

Pourquoi les nouveaux patients peinent-ils à obtenir un rendez-vous ?

Les cabinets de dermatologues affichent complet, et ce n’est pas une vue de l’esprit. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon Luc Sulimovic, président du syndicat national des dermatologues-vénéréologues (SNDV), la plupart des spécialistes ont cessé d’accepter de nouveaux patients. Leur priorité : assurer le suivi de ceux qu’ils traitent déjà. Ce choix, difficile mais assumé, découle d’une accumulation de demandes et de listes d’attente interminables.

Un simple coup d’œil sur Doctolib, la plateforme de prise de rendez-vous la plus utilisée, suffit à prendre la mesure du problème. Chaque mois, des milliers de tentatives de rendez-vous restent sans suite. Les créneaux disponibles sont monopolisés par le suivi régulier des maladies chroniques, psoriasis, cancers cutanés, eczéma sévère,, ce qui relègue les nouveaux patients tout en bas de la liste. Résultat : obtenir une première consultation devient un parcours du combattant.

Pour mieux comprendre les rouages de cette saturation, voici les principaux mécanismes à l’œuvre :

  • Les dermatologues refusent les nouveaux patients pour garantir la continuité des soins à ceux déjà suivis.
  • La pression sur la profession a grimpé en flèche après la pandémie, entraînant une hausse marquée des demandes.
  • Les médecins généralistes se retrouvent souvent en première ligne, parfois contraints de renouveler ou ajuster des traitements sans pouvoir solliciter l’avis d’un spécialiste.

Selon la région, la situation peut varier, mais la tendance générale ne laisse guère de doute. Pour les habitants des zones rurales ou des secteurs sous-dotés, la probabilité de trouver un dermatologue prêt à accepter de nouveaux patients s’effondre. Les spécialistes, saturés, se voient forcés de limiter l’accès pour ne pas compromettre la qualité des soins dispensés à leur patientèle actuelle.

Conséquences concrètes pour les patients : retards, inquiétudes et parcours de soin compliqués

Les files d’attente se rallongent, et l’espoir d’un rendez-vous rapide s’amenuise. Pour ceux qui font face à un souci de peau, le chemin vers un dermatologue ressemble à une épreuve de patience. Les délais se chiffrent en semaines, parfois en mois, même lorsque l’urgence médicale est avérée. Maladies bénignes, affections chroniques, suspicions de cancers cutanés : tous les profils sont concernés. La société française de dermatologie le rappelle, plus d’un Français sur deux sera confronté à une maladie de peau au cours de sa vie.

Dans certaines régions, décrocher un rendez-vous relève de l’exploit : trois, six mois d’attente, parfois plus. Une attente incompatible avec le suivi de lésions suspectes, en particulier pour les cancers cutanés. Un grain de beauté qui change, une plaque qui s’étend, un prurit persistant : autant de signaux d’alerte qui, faute de consultation rapide, accentuent l’inquiétude et retardent la prise en charge.

Ce manque de spécialistes pèse aussi sur les épaules des médecins généralistes. Privés d’accès à l’expertise dermatologique, ils sont amenés à prolonger des traitements ou ajuster des prescriptions à l’aveugle, sans filet de sécurité. Certains patients multiplient les consultations chez différents praticiens, espérant décrocher un passage prioritaire. Ce labyrinthe administratif épuise le système et aggrave les inégalités territoriales. Le nombre limité de praticiens fragilise encore davantage l’accès aux soins, particulièrement dans les zones rurales.

Jeune femme au comptoir d

Des solutions et conseils pratiques pour accéder plus facilement à un dermatologue

Les délais s’allongent, mais le système ne laisse pas complètement les patients sans recours. Des alternatives, parfois inattendues, voient le jour. La télémédecine, par exemple, change la donne. Grâce à des plateformes comme Omnidoc ou OncoBreizh, les médecins généralistes peuvent solliciter l’avis d’un dermatologue à distance. Il suffit d’envoyer une photo d’une lésion, d’un grain de beauté suspect, et la réponse d’un spécialiste arrive souvent en quelques jours seulement. Ce circuit court évite des consultations physiques inutiles, tout en accélérant la prise en charge des cas urgents.

Voici comment tirer parti de ces nouveaux outils et démarches :

  • Demandez à votre médecin traitant d’utiliser ces plateformes de télé-expertise s’il a le moindre doute sur votre situation dermatologique.
  • Pensez à vérifier la disponibilité de téléconsultations dans votre secteur, certains dermatologues réservent des créneaux spécifiques pour des consultations vidéo.

Autre piste à ne pas négliger : selon le type de soin ou d’intervention (par exemple, l’ablation d’un grain de beauté bénin ou un acte chirurgical mineur), d’autres spécialistes peuvent parfois intervenir. Chirurgiens plasticiens, ORL ou pédiatres formés à ce type de gestes prennent le relais, selon les recommandations locales et la complexité du cas.

La montée en puissance de la formation continue des généralistes en dermatologie offre également une solution concrète. De plus en plus de médecins généralistes se forment aux pathologies courantes de la peau, afin de mieux répondre aux besoins de leurs patients. Cette évolution, associée à une meilleure coordination avec les spécialistes, permet de fluidifier le parcours de soins et d’éviter une saturation totale des cabinets de dermatologie.

La pénurie de dermatologues ne se résorbera pas du jour au lendemain. Mais en misant sur l’innovation, la coopération et l’agilité du système de santé, patients et soignants peuvent encore déjouer les files d’attente. À chacun d’inventer, avec les moyens du bord, de nouvelles façons de prendre la peau au sérieux.